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"Les ZFE, un colichet vert et bureaucratique"

TRIBUNE. Selon le maire d’Orléans, Serge Grouard, les zones à faibles émissions sont pétries de bonnes intentions, mais inefficaces et ultracontraignantes.


Les zones à faibles émissions (ZFE), nouvellement accueillies au catalogue des contraintes réglementaires censément écologiques, doivent être mises en œuvre avant 2025 dans les agglomérations de plus de 150 000 habitants. Il s'agit d'interdire la circulation des véhicules les plus polluants sur ces territoires afin de préserver la qualité de l'air. Sur la métropole orléanaise, seule 1,45 % de la flotte automobile est concernée, mais tous les véhicules subiront un système de contrôle contraignant.


Cet outil, tout à la fois anecdotique s'il devait s'inscrire dans un véritable plan de lutte contre les gaz à effet de serre et inadapté au quotidien des habitants, réunit à lui seul trois traditions malsaines de notre beau pays. Tout d'abord, on pénalise toujours les mêmes. Ensuite, là où l'on cherche des solutions, on trouve des réglementations. Enfin, parce que nos dirigeants n'ont ni le courage ni peut-être la lucidité de conduire une politique puissante en matière de transition énergétique, on improvise une mesurette pétrie de bonnes intentions mais inefficace parce qu'isolée et non accompagnée.


Injustice sociale


L'injustice sociale conjuguée à l'impact économique générée par les ZFE est irrecevable dans l'opinion publique, à juste titre. De nombreux Français, contraints par la hausse de l'immobilier, se sont éloignés des grandes villes alors même qu'ils y travaillent. Les dessertes par les réseaux de transport en commun sont insuffisantes, voire inexistantes. Les commerçants de nos centres-villes, dont la vitalité économique est parfois difficile à maintenir, se verront privés d'une partie de leur clientèle, qui migrera vers les zones commerciales ou les sites marchands.


Sans entrer dans les détails de l'efficience discutable de la ZFE, ce sont toujours les mêmes que l'on sacrifie sur l'autel de la bonne conscience écologique. « Arrêtez d'emmerder les Français ! » Georges Pompidou l'a dit bien avant nous. Il ne semble pas avoir été davantage entendu.


Quant à la gouvernance bureaucratique d'une France paralysée par les normes et les réglementations, il devient impossible de retrouver un peu de la clairvoyance nécessaire à la prise de décisions simples. La liberté des élus locaux et l'application du bon sens le plus élémentaire sont asphyxiées par un agglomérat de lois et de décrets, divers et variés, parfois contradictoires, souvent inutiles et contre-productifs. L'accompagnement de l'État aux collectivités sur ces sujets est défaillant ; nul doute que la mise en œuvre des ZFE en sera une parfaite illustration, confiée aux mêmes élus locaux.


Le stade du colifichet vert à épingler sur le discours pour faire joli est dépassé : nous sommes à l’aube d’une révolution !

Au-delà des considérations économiques, sociales et réglementaires, les ZFE reflètent le regard inquiétant que porte la technostructure sur l'action à conduire en faveur d'une politique cohérente de transition énergétique. Si l'idée part d'une louable intention, elle ne répond que de façon marginale à un problème majeur.


Le stade du colifichet vert à épingler sur le discours pour faire joli est dépassé : nous sommes à l'aube d'une révolution ! L'enjeu environnemental est le défi du siècle. Il n'appartient ni à la gauche ni à la droite. Toutes les bonnes volontés politiques doivent se réunir autour de cet objectif simple : agir ou disparaître. Massifier et diversifier les sources d'énergie, s'engager pleinement dans la rénovation thermique, miser sur de nouvelles technologies. Toutes les conditions sont réunies : en France, nous avons les talents, les ressources, l'intelligence collective et individuelle. Quelques maires le savent et y travaillent.


Fin du monde et fin du mois


Orléans s'est engagée pour le climat depuis plus de vingt ans avec la mise en place du programme Agenda 21 dès 2003 et, plus récemment, l'organisation des Assises de la transition écologique, avec une feuille de route détaillée, des objectifs chiffrés et l'ambition affichée de devenir la première ville décarbonée de France. Nous avons déjà diminué nos émissions de gaz à effet de serre de 12 %.


Loin de cette vision punitive qui ne fait que repousser les problèmes sans les résoudre, nous privilégions une approche incitative et investissons fortement dans des solutions durables, réalistes et efficaces, en concertation avec les habitants et les acteurs locaux. Nous engageons ainsi des chantiers majeurs sur le temps long avec la constitution d'une société de production d'énergie renouvelable (SPL Orléans Énergie), un plan de solarisation des bâtiments publics, la mise en place d'un guichet unique de la rénovation énergétique, un programme de végétalisation de la ville, l'acquisition de bus électriques et hybrides, un projet de station de production d'hydrogène vert, de la géothermie…


Aucun progrès écologique ne se fera sur la régression sociale. Tous les acteurs doivent prendre leurs responsabilités et intensifier la transition écologique, mais chacun doit garder à l'esprit de mieux concilier l'impératif social et l'urgence écologique, « la fin du mois » et « la fin du monde ». Nous sommes déjà en retard d'une guerre, nous serons bientôt en retard d'une révolution.


Serge Grouard est maire d'Orléans (divers droite) et président de sa métropole.

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