Délinquance et prison


Le chiffre : 59 000 . C’est le nombre de places de prison en France. En retour, les détenus sont en nombre supérieur, plus de 61 000 actuellement.


L’analyse :

Chacun le sait. Les prisons françaises sont surpeuplées. Elles sont, pour certaines d’entre-elles, vétustes. Et les agents de la pénitentiaire sont insuffisamment considérés, mal payés, placés dans des situations délicates quand elles ne sont pas dangereuses.


Il y a une forte tension entre le besoin de places de détention et la capacité d’accueil.

Contrairement aux affirmations péremptoires de M. Dupond-Moretti, la France n’est pas l’un des pays européens qui incarcèrent le plus. En effet le taux d’incarcération pour 100.000 habitants est de 105,3 en France. La moyenne des pays membres du Conseil de l'Europe est de 124,0 (source : https://www.coe.int/fr/web/human-rights-rule-of-law/-/europe-s-imprisonment-rate-continues-to-fall-council-of-europe-s-annual-penal-statistics-released) : la France incarcère moins que le Royaume-Uni, l'Espagne, le Portugal, ou la Pologne, pour ne citer que ces pays.


Les prisons ne permettent donc pas d’accueillir ceux qui devraient y entrer. Chaque année 260 000 peines sont prononcées dont 120 000 fermes. C’est dire qu’il y a une forte tension entre le besoin de places de détention et la capacité d’accueil. Ce qui faire dire à certains que la Justice est laxiste alors qu’en réalité elle manque surtout des moyens nécessaires à l’application de ses décisions. Rappelons par exemple, à titre de comparaison, que la Grande-Bretagne dispose de 89 000 places de détention.


Les conditions de détention sont également insatisfaisantes. Promiscuité, difficulté pour les programmes de réinsertion, la prison est trop un lieu de tous les apprentissages de la marginalité et de la délinquance. L’islamisme y prospère et ce n’est pas acceptable.


La proposition : Elle semblerait acquise. Puisqu’il manque de places, eh bien, construisons les ! C’était d’ailleurs l’une des rares propositions en matière de sécurité du candidat Emmanuel Macron en 2017, construire 15 000 places supplémentaires de prison. Rien n’a été fait ou presque depuis.


Est-ce pour autant la solution et la seule solution ? Même si cela peut surprendre, voire choquer, je pense que non. Ici, comme pour bon nombre de sujets, il s’agit plutôt de mettre en œuvre une série de mesures plutôt qu’une seule.


Il convient de traiter à part, la radicalisation qui gangrène nos prisons.

- D’abord, les étrangers représentent près du quart des détenus, soit environ 15 000 personnes. Après convention avec leurs pays de nationalité, ils devraient être expulsés et purger leur peine dans leur pays d’origine et faire l’objet d’une interdiction de retour sur le territoire français. Cette seule mesure pourrait déjà contribuer à desserrer la contrainte et libérer plusieurs milliers de places sans augmenter les capacités de détention.


- Ensuite, la prison n’est pas la seule réponse à la délinquance. Les peines de substitution pour les condamnations les moins lourdes méritent d’être développées. A titre d’exemple, il pourrait être créé de l’ordre de 30 000 travaux d’intérêt général (TIG) en partenariat entre le Ministère de la Justice et les municipalités et collectivités le souhaitant. Ce dispositif existe à Orléans et fonctionne bien depuis de nombreuses années. De même, afin d’éviter que les plus jeunes et les mineurs notamment ne soient au contact de la délinquance carcérale, il conviendrait de reprendre de fond en comble le dispositif des Centres éducatifs fermés (CEF), le rendre efficace ce qu’il n’est pas, et augmenter ses capacités d’accueil.


- Il convient de traiter à part, la radicalisation qui gangrène nos prisons. Sur une population carcérale de 61 102 personnes au 1er octobre 2020, 503 détenus sont étiquetés « terroristes islamistes », condamnés ou en détention provisoire avant jugement, et 509 détenus de droit commun sont identifiés comme susceptibles de radicalisation (source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/12/dans-les-prisons-le-defi-de-la-prise-en-charge-des-detenus-radicalises_6059403_3224.html). L’isolement de ces individus doit être rendu systématique et les modalités de leur suivi après leur sortie de prison doivent être particulièrement renforcées de manière à prévenir la récidive.


- Alors, et seulement alors, dans le cadre de ce plan global, il pourra être créé de nouvelles places de détention qu’il faudra précisément quantifier (entre 5 000 et 10 000).

- Enfin, il restera à engager, et c’est urgent, un programme de revalorisation du statut des agents de la pénitentiaire.


Sur tous ces sujets, il est facile de faire de la démagogie. Toujours plus de promesses pour toujours moins de résultats. C’est le cercle infernal dont nous ne sortons pas depuis trop d’années. Mais on ne peut pas tout faire et les promesses s’envolent souvent une fois les élections passées. Les moyens financiers ne sont pas extensibles, chacun le sait. Il faut donc prioriser les actions et permettre à la fois une réponse pénale forte sur la base du principe simple : Impunité 0. Dit autrement, à chaque délit, une sanction. Mais cette sanction n’est pas nécessairement la prison. Il se présente d’autres alternatives parfois plus efficaces que la détention et moins coûteuses. Ne nous en privons pas !