Article sur Orléans, Jeanne d'arc et première partie de mon interview par le Financial Times

Emmanuel Macron and Valérie Pécresse still drawn to Joan of Arc after 600 years

French politicians, from liberal internationalists to far-right nationalists, lay claim to Joan of Arc’s image © Alamy



The city of Orleans and the martyr of the French nation remain a magnet for the country’s rivals for the presidency

When Emmanuel Macron was poised to launch his bid for the French presidency back in 2016, it was in Orleans and with the help of its medieval heroine Joan of Arc that he cannily made what we now recognise as an early campaign speech.

Like an arrow finding its mark, Joan had overthrown the old system, fought injustice and the English, and brought together a “France that was torn apart, cut in two and shaken by an endless war”, the future president said at the annual festival for the teenage saint.


At the time, Macron was still finance minister in the Socialist government, but the unifying, patriotic and above all victorious campaign of the Maid of Orleans to raise the English siege was irresistible for a politician who wanted to be “neither right nor left” and to shatter the old politics of France.

“It was an important symbolic gesture,” says Valérie Toureille, biographer of Joan. Ahead of the presidential election in April, Macron, who is set to seek re-election, and his political rivals are once more criss-crossing the country to court voters in the “real France” of villages, towns and industrial estates outside the Paris ring road.

Orleans is again a good place to start to understand the concerns of contemporary France. Once a great city dominating the River Loire, Orleans is neither north nor south, neither exceptionally poor nor unusually prosperous.

Serge Grouard, mayor for 15 of the past 20 years, is scathing about Macron’s record in office. A member of the conservative Les Républicains party that has picked Valérie Pécresse to beat Macron and become the first woman head of state, Grouard accuses the president of dashing the hopes of the French that he would transform and modernise the country.

“He was like a surfer on a huge, magnificent wave — and he helped to make this wave — but he fell in the middle of it,” says Grouard. France, adds the mayor, remains “a little Soviet Union” throttled by regulation and hurt by immigration.

The streets of Orleans show that these problems used by the right and far right to cudgel Macron, the liberal internationalist, are not entirely imaginary: homeless people live on the pavement, African migrants whose asylum applications have been rejected say they have no intention of leaving, and the needy queue for food at the local Restos du Coeur (“canteens of the heart” established in the 1980s by the comedian Coluche).

Joan of Arc’s very Frenchness is one reason why nationalist politicians on the French right continue to lay claim to her image 600 years after she was burnt at the stake for turning the tide against the English in the Hundred Years War.


When Pécresse wanted to present herself in a primary contest as a future commander-in-chief she tweeted: “Joan of Arc represents for me the image of France that stands tall, that resists the invader . . . We are not condemned to decline and chaos. #Elysée 2022”.

Eric Zemmour, the anti-immigration television polemicist who emerged from rightwing talk shows to mount his own bid for the presidency, declared himself a candidate in a video of nostalgic longing for France’s past, for “the land of Joan of Arc and of Louis XIV, the land of Bonaparte and General de Gaulle, the land of knights and noblewomen”.

Curiously, the original French far-right party of Jean-Marie Le Pen, now run as the Rassemblement National by his less antagonistic daughter Marine, has slightly cooled its ardour for St Joan since the days when Le Pen père gathered thousands for an annual homage at her gilded equestrian statue in Paris.


But she still has something for every politician — whether royalists or supporters of the republican left who rehabilitated her in the 19th century as a “daughter of the people,” persecuted in her short lifetime by the Catholic church. Toureille says Joan was adopted not just by the French but also by American feminists, British suffragettes and now by LGBTQ activists because she wore men’s armour and challenged gender stereotypes.

In France, her star shows no sign of waning. Joan of Arc’s feats in the Middle Ages crystallised the idea of the French nation and “in the political campaign, history comes back into all the debates”, says Toureille. “She’s still a very strong political symbol today.”


Traduction :


La ville d’Orléans et la martyre de la nation française restent un aimant pour les candidats à la présidentielle. Quand Emmanuel Macron s’apprêtait à lancer sa candidature à la présidence de la République Française en 2016, c’est à Orléans et avec l’aide de son héroïne médiévale Jeanne d’Arc qu’il a habilement fait ce que nous reconnaissons maintenant comme un discours de campagne précoce.


Telle une flèche trouvant sa cible, Jeanne a renversé l’ancien système, combattu l’injustice et les Anglais, et a rassemblé une « France qui a été déchirée, coupée en deux et secouée par une guerre sans fin », a déclaré le futur président lors du festival annuel pour la sainte adolescente.


À l’époque, Macron était encore ministre de l'économie dans le gouvernement socialiste, mais la campagne unificatrice, patriotique et surtout victorieuse de la pucelle d'Orléans pour soulever le siège anglais était irrésistible pour un politicien qui voulait être « ni de droite ni de gauche » et briser la "vieille politique" en France.


« C’était un geste symbolique important », dit Valérie Toureille, biographe de Jeanne. En prévision de l’élection présidentielle d’avril, Macron, qui semble en pole position pour se faire réélire, et ses concurrents, sillonnent à nouveau le pays pour rencontrer les électeurs de la « vraie France » des villages, des villes et des zones industrielles en dehors du périphérique parisien.


Orléans est à nouveau un bon endroit pour commencer à comprendre les préoccupations de la France contemporaine. Autrefois grande ville dominant la Loire, Orléans n’est ni nord ni sud, ni exceptionnellement pauvre ni exceptionnellement prospère.


Serge Grouard, maire depuis 20 ans, est cinglant sur le bilan de Macron au pouvoir. Membre du parti Les Républicains, qui a choisi Valérie Pécresse pour affronter Macron et devenir la première femme à la tête de l’Etat français, S.Grouard accuse le président d’avoir douché les espoirs des Français qui pensaient qu'il allait transformer et moderniser le pays.


« Il était comme un surfeur sur une vague énorme et magnifique — et il a contribué à créer cette vague — mais il est tombé au milieu de celle-ci », dit S.Grouard.


La France, ajoute le maire, ressemble parfois à l'URSS, étranglée par la réglementation et victime de son immigration.


Les rues d’Orléans montrent que les problèmes utilisés par la droite et l’extrême droite pour matraquer Macron, l’internationaliste libéral, ne sont pas entièrement imaginaires : les sans-abri vivent sur le trottoir, les migrants africains dont la demande d’asile a été rejetée affirment qu’ils n’ont pas l’intention de partir, et les personnes dans le besoin font la queue pour se nourrir aux Restos du Coeur (« restaurants du cœur » créés dans les années 1980 par le comédien Coluche).


La France même de Jeanne d’Arc est l’une des raisons pour lesquelles les politiciens nationalistes de droite française continuent de revendiquer son image 600 ans après avoir été brûlée sur le bûcher pour avoir renversé les Anglais pendant la guerre de Cent Ans.


Lorsque V.Pécresse a lancé sa candidature au congrès des Républicains, en vue de l'élection présidentielle, elle a tweeté : "Jeanne d’Arc représente pour moi l’image de la France qui se tient debout, qui résiste à l’envahisseur [...]. Nous ne sommes pas condamnés au déclin et au chaos."


Eric Zemmour, polémiste anti-immigration sorti des talk-shows de droite pour monter sa propre candidature à la présidentielle, s’est déclaré candidat dans une vidéo empreinte de nostalgie du passé de la France, pour «la terre de Jeanne d’Arc et de Louis XIV, la terre de Bonaparte et du général de Gaulle, la terre des chevaliers et des nobles».


Curieusement, le premier parti d’extrême droite français fondé par Jean-Marie Le Pen, désormais dirigé sous le nom de Rassemblement National par sa fille moins antagoniste, Marine, a légèrement refroidi son ardeur pour la sainte Jeanne depuis que Le Pen père avait pris l'habitude de rassembler des milliers de personnes pour un hommage annuel à sa statue équestre dorée à Paris.


Mais elle a encore quelque chose pour chaque politicien — qu’il s’agisse de royalistes ou de partisans de la gauche républicaine qui l’ont réhabilitée au XIXe siècle en tant que « fille du peuple », persécutée au cours de sa courte vie par l’Église catholique. Mme Toureille affirme que Jeanne a été adoptée non seulement par les Français, mais aussi par des féministes américaines, des suffragettes britanniques et maintenant par des activistes LGBTQ parce qu’elle portait une armure d’homme et qu’elle contestait les stéréotypes de genre.


En France, son étoile ne montre aucun signe de déclin. Les exploits de Jeanne d’Arc au Moyen-Âge cristallisent l’idée de la nation française et « dans la campagne politique, l’histoire revient dans tous les débats », dit Toureille.

« Elle est encore aujourd’hui un symbole politique très fort. »